6 mai 2019 – Journée d’études – Channel-Crossings / Traversées de la Manche

Henry VIIIThe Embarkation of Henry VIII at Dover c. 1520-40
Oil on canvas | 168.9 x 346.7 cm (support, canvas/panel/str external), Hampton Court Palace, Wolsey Room 1, RCIN 405793. Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2019 (c)

« Channel-Crossings » / « Traversées de la Manche » Formes et objets des échanges poétiques de circonstance durant le ‘long XVIIe siècle’, France/Grande-Bretagne

6 mai 2019, 10h15-17h


Maison de la Recherche de l’Université Sorbonne Nouvelle / 
4 rue des Irlandais/ 75006 PARIS / Salle Athéna

Avec le soutien de l’IUF

Programme

10h15-10h45  Accueil

10h45 Présentation du projet IUF « l’Europe des objets : circulations matérielles, culturelles et poétiques ».

 11h00 Conférence de Nigel Smith (Princeton University) – ‘Transnational Poetry in the 17th Century: Consumption, Delight and Freedom’

11h45 questions

12h00 Autour de Théophile de Viau et l’Angleterre

12h00 Melaine Folliard (CIELAM, Université d’Aix-Marseille): La critique des lieux communs dans Romeo and Juliet et Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé : Viau lecteur de Shakespeare ?

12h25-12h50 Greg Miller (Emeritus, Millsaps College) : Viau and the ‘Marquis de Boquingant’

12h50 questions

13h00-14h30 Pause déjeuner

14h30-17h00 Table ronde et discussion – Pour une cartographie des circulations poétiques transmanches (France/Grande-Bretagne) durant le ‘long XVIIe siècle’/ Charting Cross-Channel Poetic Circulations  in the Long-Seventeenth Century (France/Great-Britain)

Avec la participation de : Peter Auger (University of Birmingham), Claire Boulard (Université Sorbonne Nouvelle), Line Cottegnies (Sorbonne Université), Clément Duyck (Université Catholique de Louvain), Melaine Folliard (CIELAM, Université d’Aix-Marseille), Greg Miller (Emeritus, Millsaps College), Anne-Marie Miller-Blaise (Université Sorbonne Nouvelle), Laetitia Sansonetti (Université Paris Nanterre), Nicolas Schapira (Université Paris Nanterre), Nigel Smith (Princeton University).

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Dans un récent article pour Conversation, « Exit Britain…bonjour tristesse », Marc Porée rappelle ce que nous savons tous : que l’histoire de la relation contrariée de l’Angleterre au Continent ne date pas d’hier. Mais il le dit en poésie, faisant rimer le « Bateau ivre » rimbaldien des « péninsules démarrées » avec les circonstances d’un temps que l’on aurait pu croire révolu : « Le 7 janvier 1558, avec la perte, cette fois définitive après 211 ans d’occupation, de Calais, l’Angleterre est ‘devenue’ une île, selon le mot de Fernand Braudel », elle larguait les amarres qui la rattachaient au Continent. Depuis, il lui arrive parfois de dériver au loin des côtes européennes. Histoire contrariée, donc, que celle des rapports de l’Angleterre à ces plus proches voisins, de l’autre côté de la Manche, qui n’a de cesse d’être négociée et renégociée tout au long de ce que l’on pourrait appeler un « long XVIIe siècle » (s’étendant des Guerres de religion à la Guerre de sept ans), à la faveur de l’exil de la cour anglaise en France, de nombreux échanges politiques, diplomatiques, marchands…et poétiques. Car la poésie, comme voudrait le suggérer cette journée d’études, à une époque où il s’agit encore d’une pratique littéraire qui cherche volontiers à épouser les circonstances historiques collectives ou particulières, se fait lieu privilégié de médiation. Elle est même plus que cela : dans un article de 2017 intitulé « Cross-Channel Cavaliers », Nigel Smith suggérait qu’elle était la fabrique d’un éthos transnational ou cosmopolite partagé, bien que parfois conflictuel. L’instabilité politique de part et d’autre de la Manche, le mouvement de biens et de personnes au gré de trajectoires migratoires aux causes religieuses, politiques et marchandes occasionnent de riches échanges poétiques où se négocient autant de valeurs politiques et sociales, d’idéals de liberté. Si on a retracé nombre de ces échanges poétiques de circonstance, entre un Viau ou un Saint-Amant, du côté français, et un Sherburne et Carew de l’autre – bien qu’ils méritent eux-mêmes d’être davantage approfondis – on n’a cependant qu’assez peu étudié les nombreuses formes et supports matériels qu’empruntent ces circulations poétiques : traductions, échos, pastiches, consignés dans des correspondances personnelles, livres-cadeaux, manuels linguistiques, gazettes d’une presse naissante…Elles ne sont d’ailleurs pas seulement le fruit d’une élite aristocrate cosmopolite se prémunissant contre les bouleversements politiques en se réfugiant dans les cours et salons, mais peuvent aussi ressortir de voyages et migrations d’une classe bourgeoise et marchande aux entreprises transnationales. Les poèmes voyagent avec ces personnes et les objets, supports de commerces qui ne sont pas que marchands, pour dessiner les contours d’une communauté partagée présidant à l’accroissement des richesses, des idées de chacun et d’un imaginaire collectif. Cette journée d’études, qui rassemblera des spécialistes de poésie française et anglaise du « long XVIIe siècle » aura pour but de définir les zones de rencontre, de partage et de friction qui structurent la diffusion de ce « marché commun » poétique aux enjeux esthétiques, politiques et économiques, et d’imaginer les modalités d’une possible production collaborative.

« Channel-Crossings » – Forms and Objects of Transnational Occasional Verse during the “Long Seventeenth Century” France/Britain

In “Britain’s Exit, Sorrow’s Entrance » (Exit Britain…bonjour tristesse) a recent article in the online journal Conversation, Marc Porée reminds us that England’s conflicted relation to the Continent is longstanding. However, M. Porée puts the matter poetically, rhyming Britain with Rimbaud’s “drunken boat” (bateau ivre) and “loosened peninsulas” (péninsulesdémarrées), asking us to sail back in time to what we might consider a bygone era: “on the 7thof January 1558, England definitively lost control of Calais, thereby ‘becoming’ an island, according to the historian Fernand Braudel.” Ever since it became unmoored from the Continent, it has regularly drifted away for periods of time from the European coastline. Yet, despite this drift, and however conflicted its relation to its neighbours across the Channel, the connection endures. Over a period that could be referred to as “the long seventeenth-century” (beginning with the European wars of religion and ending with the Seven Years’ War), the ties between England and the Continent underwent multiple renegotiations, owing not only to the exile of the English court in France but also to numerous political, diplomatic, economic…and poetic exchanges. For indeed, as this study-day will suggest, poetry – which was still very much conceived of as written in response to specific occasions, to individual as well as collective historical moments – was a favored form of mediation. It was even more than that: as Nigel Smith suggests in his 2017 article “Cross-Channel Cavaliers”, poetic workmanship enabled those who practiced it to fashion a common, albeit at times discordant, cosmopolitan ethos. Political instability on either side of the Channel, and the circulation of goods and people for religious, political or commercial reasons along paths of migration, occasioned rich poetic exchanges negotiating social and political values, including notions of freedom. While quite a few of these poetic exchanges have been documented and deserve further development – one may think of Viau or Saint-Amant amongst the French, or Sherburne and Carew amongst the British – this flow of occasional verse across the Channel calls for further mapping. Too little attention has been devoted in particular to the poetic and material forms taken on by such verse in order to travel. Were they translations, echoes, pastiches? Circulated in letters, gift books, language manuals, or nascent gazettes and news sheets? The variety of social networks that distributed such verse also deserves further exploration. Though many of these poetic exchanges can be linked to aristocratic gift culture, they were not all carried out by an elite that sought thereby to shield itself from the political upheavals of the time. Verse was also finding its way across the Channel through bourgeois and merchant transnational ventures. Poems travelled with people and in the company of objects, fostering forms of trade that were not exclusively mercantile. Their trajectories shaped the contours of a shared community that presided over the flourishing of assets and ideas, and of a collective transnational imagination. This study-day will bring together specialists of British and French verse working on “the long seventeenth century,” having a double aim: (1) mapping the zones of meeting and sharing that gave form to the distribution of this common poetic “market” fraught with aesthetic, political, economic and philosophical implications and (2) imagining the form a future collaborative publication might take.